Recherche semi-sérieuse entre histoire et mythe
Curiosité : Dans la mythologie grecque, Astrée était la déesse de la justice et de l’innocence, fille de Zeus et de Thémis. Pour échapper au mal qui envahissait le monde, elle s’enfuit dans le ciel, devenant la constellation de la Vierge.
Ce mollusque particulier sécrète une substance qui lui permet de construire non seulement sa maison (la coquille), mais aussi ce que nous appelons communément l’Œil de Santa Lucia, c’est-à-dire « la porte d’entrée » de son habitation. L’Œil n’est rien d’autre qu’un petit opercule calcaire de forme arrondie-elliptique, recouvert d’une couche cornée, qui sert au mollusque à se protéger tout au long de sa vie. L’opercule est constitué d’une face externe convexe, de couleur orange-rosé, et d’une face interne (en contact avec l’animal) plate et blanche, avec une spirale plus sombre vers le centre, qui rappelle justement la forme d’un œil. À la mort du mollusque, l’opercule se détache et se « confie » à la volonté des courants marins, terminant souvent sa course caché au fond de la mer. Mais parfois, il est transporté jusqu’à la plage ou finit dans les filets de quelque pêcheur chanceux.
La ressemblance de ce petit opercule calcaire avec un œil a fait qu’il est devenu au fil du temps l’un des amulettes les plus populaires contre la mauvaise fortune, surtout parmi les gens de mer, qui l’ont appelé de différentes manières :
Œil de Santa Lucia en Italie (avec la variante sarde Sa Perda ‘e S’Ogu)
Œil de Shiva en Inde
Monnaie de sirène en Afrique du Sud
Œil de Naxos en Grèce
Œil de chat en Australie et en Nouvelle-Zélande
Mais pourquoi l’œil ?

Les yeux, on le sait, ne mentent jamais. Le célèbre dicton « les yeux sont le miroir de l’âme » fait allusion à la capacité du regard à refléter les sentiments, les émotions et les sensations qui nous traversent. La conviction que l’œil révèle le tempérament d’une personne est aussi répandue que l’idée que l’œil, en tant que « fenêtre ouverte sur le monde », représente le point de sortie des pensées, positives comme négatives. Ces dernières, surtout lorsqu’elles se manifestent à travers le regard, sont considérées comme capables de produire des effets néfastes sur ceux qui sont l’objet d’envie ou d’aversion.
Le « mauvais œil » (œil malveillant) est en effet le nom donné à la malchance lancée par le regard envers les personnes enviées ou détestées. Pour en neutraliser les effets, toutes les sociétés humaines ont, au fil de l’histoire, eu recours à des objets censés protéger des maux ou des dangers, tels que les amulettes ou les talismans. Parmi les nombreux objets auxquels on attribue le pouvoir de contrer le mauvais œil, ceux qui rappellent la forme d’un œil restent parmi les plus répandus.
En Inde, par exemple, ce petit opercule est considéré comme la représentation du « troisième œil » de la divinité Shiva et est utilisé comme une puissante amulette à laquelle on attribue un effet bénéfique sur les flux d’énergie qui traversent tout notre corps.
En Italie, il a été associé au mythe de Sainte Lucie, dont de nombreuses versions ont été transmises.
L’une des plus accréditées raconte qu’au IVe siècle apr. J.-C., la jeune Lucie, issue d’une noble famille de Syracuse, obtint la guérison de sa mère atteinte d’une maladie hémorragique incurable grâce aux prières adressées lors d’un pèlerinage sur la tombe de la martyre Sainte Agathe à Catane. Après le miracle, Lucie exprima à sa mère sa ferme décision de se consacrer au Christ et de donner sa fortune aux pauvres et, pour éloigner les prétendants et ne pas être détournée de sa foi, elle s’arracha les yeux et les jeta à la mer. Entièrement dévouée à la prière, Lucie accomplit de nombreux miracles. Pour la récompenser de sa dévotion, la Sainte Vierge Marie lui rendit la vue en lui donnant de magnifiques yeux lumineux. Pour cette raison, Sainte Lucie est traditionnellement considérée comme la protectrice de la vue. Son culte est observé dans toute l’Italie et dans de nombreuses régions du monde.
Dans certaines villes du nord de l’Italie, par exemple, il existe une tradition liée aux « dons de Sainte Lucie », qui remplace le Père Noël et apporte des cadeaux à tous les enfants le jour de sa célébration, le 13 décembre, considéré par le folklore comme le jour le plus court de l’année.
À Messine, ma merveilleuse ville d’origine, le 13 décembre on ne mange ni pain ni autres aliments préparés avec de la farine de blé, afin de commémorer la fin de la famine de 1646 lorsque, selon la légende, le jour même de Sainte Lucie, un navire chargé de maïs arriva au port. Outre les classiques arancini de riz, chaque boulangerie prépare des petits pains particuliers, faits avec de la farine de maïs jaune, qui ne voient le jour qu’une fois par an… et ils sont délicieux ! Je me souviens que, les premières années où je vivais loin, je demandais à ma mère d’en acheter et d’en congeler pour moi quelques-uns, que je mangeais ensuite pendant les vacances de Noël.

Pour en revenir à l’Œil de Santa Lucia, il est fascinant de constater comment il est devenu au fil du temps l’un des talismans les plus répandus parmi les gens de mer. En particulier chez les insulaires, il était très courant, avec divers objets réalisés en corail. Transformé en petit pendentif, gardien de symboles sacrés et païens, il est considéré comme un don de la nature et un signe d’appartenance et de reconnaissance pour ceux qui viennent de la mer.
Mais pas seulement. C’est aussi un symbole de connaissance et de sagesse, car la spirale symbolise le développement et le mouvement. On lui associe également le pouvoir de « bon œil », capable de bloquer l’effet du « mauvais œil ». La légende raconte que l’Œil de Santa Lucia veille sur celui qui le porte et le protège des forces malignes, en canalisant et en amplifiant les énergies positives, exerçant ainsi un effet bénéfique sur la personne dans son ensemble, aidant à atteindre l’équilibre et l’harmonie entre le corps et l’esprit.
En laissant de côté la différence entre amulette et talisman (car il faudrait remonter aux études de Pline le Jeune et ma recherche deviendrait un traité), je peux dire qu’au fil des années, j’ai vu de nombreux amis plongeurs porter au cou un pendentif de ce type. Certains m’ont expliqué les croyances selon lesquelles ils tiraient un bénéfice du fait de porter ou de serrer entre leurs mains un Œil de Santa Lucia dans les moments difficiles, lorsqu’on ressent le besoin d’éloigner la malchance ou simplement d’attirer un peu plus de chance. Selon ces récits, si un jour on se rend compte que l’Œil a perdu une partie de ses effets bénéfiques, il suffirait, comme le suggère tout bon manuel alchimique, de le plonger de nouveau dans l’eau de mer, la nuit, puis de le laisser sécher à la lumière de la pleine lune pour qu’il se recharge en énergie positive.
À propos de pratiques alchimiques et de légendes mêlées aux sentiments humains, me reviennent à l’esprit les mots du livre L’Alchimiste de Paulo Coelho :
« L’âme du monde se nourrit du bonheur des hommes. Ou de leur malheur, de l’envie, de la jalousie. Réaliser sa légende personnelle est le seul devoir des hommes. Tout est une seule chose. Et quand tu veux vraiment quelque chose, tout l’univers conspire à te permettre de réaliser ton désir, aussi fou puisse-t-il paraître. Parce que ce sont nos rêves, et nous seuls savons ce qu’il nous en coûte de les rêver. »
L’Œil de Santa Lucia et l’Elbe
La première fois que j’ai écouté le briefing pré-plongée pour la Secca di Santa Lucia, au nord de Capo Bianco, j’ai été émerveillé par ses coïncidences… Tout d’abord, le nom du site. Autrefois, lorsqu’il n’existait ni instruments satellitaires pour déterminer les coordonnées ni sondeurs pour relever les variations de profondeur, le haut-fond était localisé grâce aux alignements (points de repère à terre visibles depuis le bateau) qui, triangulés entre eux, permettaient d’identifier avec une certaine précision la position exacte du site. Eh bien, l’un de ces repères était précisément l’Église de Santa Lucia, située sur la colline du même nom à Portoferraio. Un lieu empreint de poésie, d’où l’on peut admirer un coucher de soleil à couper le souffle…
Mais ce n’est pas tout. Dès que l’on se met à l’eau, on se rend compte d’être dans un lieu hors du commun, riche en vie et doté d’une biodiversité exceptionnelle. C’est l’une de mes plongées préférées, peut-être l’une des plus belles de l’Elbe, sinon la plus belle (d’où le dicton : « La Secca di Santa Lucia est la plus belle plongée qui soit »).

Pour revenir aux coïncidences, autour de la Secca di Santa Lucia vit un mollusque particulier, notre ami Bolma rugosa, difficile à observer de jour mais appréciable lors des plongées nocturnes. Eh bien, notre petit escargot semble beaucoup aimer la Secca di Santa Lucia… ou peut-être sont-ce les courants marins qui l’apprécient tant, cela je ne saurais le dire avec certitude… mais si l’on regarde attentivement le fond sableux autour du haut-fond, on pourra facilement apercevoir de nombreux Œils de Santa Lucia, bien visibles, posés sur le sable.
Ces coïncidences m’ont toujours donné la sensation que la Secca di Santa Lucia est un lieu magique et, chaque fois que c’est moi qui fais le briefing pré-plongée, j’essaie de transmettre un peu de cette magie…
À propos de coïncidences, Douglas Coupland écrit dans son livre « Les dernières 5 heures » :
« Les coïncidences sont si rares que c’est presque comme si l’univers était conçu uniquement pour les empêcher. Ainsi, lorsque dans la vie vous vivez une coïncidence ou quelque chose d’extraordinaire, cela signifie que quelqu’un ou quelque chose s’est donné beaucoup de mal pour la réaliser, et c’est pourquoi nous devons toujours y prêter attention. »
Je vous invite à y prêter attention. À observer tous ces merveilleux opercules calcaires qui parsèment la Secca di Santa Lucia. Venez les voir. Amusez-vous à les contempler, entre un banc de barracudas et un banc de sérioles, entre une murène partageant son antre avec un congre et un rascasse ayant fait d’un spirographe son parapluie personnel (« Pino le petit parapluie » [cit.]), entre l’explosion de couleurs des parois rocheuses couvertes de marguerites de mer (Parazoanthus axinellae), ponctuées de lys de mer (Crinoïdes) qui nous surprennent souvent par leur nage sinueuse, entre nudibranches colorés et poulpes curieux. Venez découvrir tout cela et bien plus encore, dans un dive spot si magique qu’il semble sorti de la plume de J. K. Rowling.
Et croyez-moi : nul besoin de ramasser, toucher ni encore moins porter les Œils de Santa Lucia. Laissons-les là où ils sont. Il suffit de les regarder pour bénéficier des effets bienveillants qui leur sont attribués. Plonger à la Secca di Santa Lucia vous fera vous sentir en harmonie avec le monde et à l’abri de la malchance. Et si ces effets positifs disparaissent une fois de retour sur la terre ferme ? Rien de plus simple : il suffit de programmer une nouvelle plongée à la Secca di Santa Lucia !
Sergio Sardo









