19 octobre 2025
TU ES CE QUE TU MANGES
Comment trouver sous l’eau ce que vous cherchez en sachant ce qu’il mange !
Beaucoup s’étonnent de l’habileté de certaines guides à trouver à chaque plongée des nudibranches et d’autres créatures marines très appréciées des photographes. Eh bien sachez qu’il ne s’agit ni de magie, ni de sixième sens, ni d’autres diableries, mais d’une connaissance approfondie du site de plongée et des habitudes de vie des organismes que l’on recherche.
Je sais que cela donne l’impression que nous les sortons des poches de notre gilet stabilisateur, mais je vous assure qu’il y a derrière cela beaucoup de passion, d’étude et d’expérience. Dans cet article, je partagerai avec vous quelques astuces du métier, en particulier comment repérer plus facilement certains types de nudibranches en sachant ce qu’ils mangent. Cela peut s’avérer très utile non seulement si vous décidez d’entreprendre le parcours pour devenir guide de plongée — un métier (oui, c’est un métier même si beaucoup pensent que c’est comme être en vacances) magnifique et riche en satisfactions — mais aussi si vous êtes simplement à la recherche de sujets pour vos photos. Les nudibranches, étant lents, sont des sujets parfaits à photographier et, surtout si vous réussissez de belles macros, vous remarquerez qu’ils sont riches en détails et très colorés. Certes, ils ont le défaut d’être petits et/ou de rester dans des recoins peu éclairés ; cependant, ces organismes se nourrissent d’éponges et de bryozoaires, qui sont de plus grande taille et donc plus faciles à repérer.
Commençons par Sa Majesté la vache de mer ou Discodoris atromaculata. Disons que c’est la plus facile à trouver, vu sa taille et sa coloration caractéristique et plutôt voyante… devinez un peu pourquoi ? Cela dépend de ce qu’elle mange. En effet, elle se nourrit principalement d’un type d’éponge particulièrement dure, la Petrosia ficiformis, dont elle stocke une partie des résidus de digestion. Cela rend la vache de mer dure et peu appétissante, et pour le rappeler elle se met bien en évidence. Ce type de coloration est dit aposématique et se retrouve chez les organismes toxiques, indigests ou simplement au goût particulièrement désagréable ; de cette manière, les prédateurs peuvent les reconnaître immédiatement et évitent de les manger ! N’est-ce pas génial ? Bien sûr, il y a aussi ceux qui en profitent et, bien qu’ils soient parfaitement comestibles et savoureux, adoptent les mêmes couleurs pour tromper ceux qui voudraient les dévorer.
Une fois sa proie trouvée, la vache de mer attaque sa surface avec la radula (une sorte de ruban denté et chitineux, semblable à une langue), en en râpant la surface ; après ce traitement, les parties consommées apparaissent plus claires. Donc, pour résumer, pour trouver la vache de mer il suffit d’observer les éponges jusqu’à trouver Petrosia ficiformis, qui apparaît massive, compacte et dure (comme une pierre, d’où son nom), avec une surface rugueuse, couverte d’oscules (les trous caractéristiques des éponges par lesquels ressort l’eau filtrée) et une coloration rouge violacée. Cette couleur est due à la présence de cyanobactéries qui vivent dans la partie éclairée de l’éponge.
Les flabellines, parmi lesquelles les plus « célèbres » sont Flabellina affinis et Cratena peregrina, se nourrissent généralement d’hydraires, des organismes appartenant au phylum des Cnidaires ou Cœlentérés, le même groupe que les méduses, avec lesquelles ils partagent les cellules urticantes caractéristiques. Ce sont des organismes coloniaux qui apparaissent globalement comme de petits arbustes verts/transparents, à consistance dure mais élastique et flexible, dont les polypes (exactement les POLYPES, pas les POULPES — et à cause de leurs cellules urticantes, en commander au restaurant pourrait provoquer de douloureuses irritations !) présentent un corps où l’on remarque surtout l’appareil buccal, tout à fait semblable à la corolle d’une fleur.
Les flabellines sont des mollusques gastéropodes caractérisés par des couleurs vives et par des cérates, des excroissances allongées qui servent à augmenter la surface corporelle (chez de nombreux spécimens, la respiration se fait à travers la peau), mais aussi à la défense et à la digestion. En effet, elles peuvent contenir des diverticules de la glande hépatique et, chez certaines espèces, des organes capables de stocker les cellules urticantes des organismes dont elles se nourrissent.
Pour être sûrs que leur progéniture dispose de suffisamment de nourriture pour se développer, ces nudibranches déposent leurs œufs (regroupés en fins filaments de couleurs différentes selon les espèces : par exemple, ceux de Flabellina affinis sont violets tandis que ceux de Cratena peregrina sont blancs) directement parmi les branches des hydraires, notamment au printemps et en été.
Ainsi, pour trouver ces splendides petits animaux, colorés et riches en détails, il suffit d’observer attentivement chaque « petit arbuste » (hydraire) que nous rencontrons pendant la plongée !
Si vous recherchez Janolus cristatus, un nudibranche de couleur jaune-brun translucide, caractérisé par des cérates en forme d’ampoule dont l’extrémité varie entre le bleu clair et le blanc opalescent, sachez qu’il se nourrit de bryozoaires : des animaux coloniaux, incrustants ou arborescents, dont les individus sont enfermés dans une enveloppe calcaire ou chitineuse d’où ne sort, uniquement lorsque cela est nécessaire, la partie du corps destinée au filtrage appelée lophophore. Pour un œil non averti, les bryozoaires peuvent être confondus avec certains types d’algues, d’éponges ou de coraux ; il est donc important de bien se documenter !
Les proies préférées de notre Janolus cristatus sont notamment Alcyonidium gelatinosum, certaines espèces du genre Bugula (B. avicularia, B. flabellata, B. neritina, B. turbinata) ainsi que celles appartenant au genre Cellaria. Pour mieux les reconnaître, je vous conseille de rechercher des images de ces organismes afin de vous faire une idée de leur apparence.
Ne se nourrissant pas de cnidaires, J. cristatus ne possède pas leurs cellules urticantes dans ses cérates ; pour se défendre contre les prédateurs, il a développé la capacité de détacher certains cérates qui continuent à bouger même après avoir été séparés du corps, déstabilisant ainsi les prédateurs ! Un peu comme les lézards avec leur queue. Cette capacité s’appelle l’autotomie.
Pour ceux qui souhaitent approfondir le sujet des nudibranches, je recommande le site http://opistobranquis.info/en/#gsc.tab=0 en anglais, ou bien le livre NUDIBRANCHI DEL MEDITERRANEO d’Egidio Trainito et Mauro Doneddu en italien.
Bien sûr, la nourriture n’est pas le seul facteur qui détermine la répartition des organismes en mer : de nombreuses autres nécessités et habitudes poussent les animaux à se trouver à un endroit plutôt qu’à un autre. Pour l’apprendre, l’un des meilleurs moyens est de suivre des cours d’écologie et de biologie marine, ou bien de faire confiance à un guide expérimenté !












ÉTOILE COURONNE D’ÉPINES – Acanthaster planci (Linnaeus, 1758).
Cette étoile tropicale d’environ 30 cm de diamètre, à l’aspect (à mon avis) impressionnant, possède entre 16 et 20 bras et est entièrement recouverte d’épines venimeuses pouvant atteindre 5 cm de long. Elle est capable de dévorer de vastes zones de récifs coralliens en peu de temps, mettant en difficulté cet écosystème délicat déjà fragilisé par les événements climatiques extrêmes et la pollution. C’est pourquoi des campagnes de signalement sont actuellement en cours.
[http://www.iucngisd.org/gisd/species.php?sc=1043](http://www.iucngisd.org/gisd/species.php?sc=1043)




